Avec le « Club des Burnoutés et des Bienveilleurs », Marc Biarnès et Christophe Desproges, ayant eux-mêmes vécu un burn-out, souhaitent lever les freins et libérer la parole sur le sujet. Depuis 6 ans, le Club travaille à prévenir et à sensibiliser le monde de l’entreprise, et propose un podcast pour essaimer les témoignages.
En France, entre 25 % et 30 % des salariés seraient en situation de mal-être psychologique. Pourtant promue grande cause nationale pendant deux années consécutives, la santé mentale reste encore taboue, et nombre de collaborateurs n’ont pas toujours conscience de leur état. Jusqu’au jour où il n’est plus possible de l’éviter. Après leur burn-out, deux salariés – Marc Biarnès et Christophe Desproges qui travaillent dans la même entreprise – ont décidé de lever le voile sur le sujet. En commençant par en parler. « Quand je suis revenu en 2020, après un an d’arrêt, j’avais envie de partager mon expérience. Nous avons commencé à lancer une dynamique en interne, en organisant des sessions, puis nous avons communiqué en externe. Très vite, nous avons été dépassés par les évènements, car nous avons eu beaucoup de retombées. Les gens nous parlaient de leur expérience, mais nous ne sommes pas des psychologues. Alors nous avons changé notre manière de faire. De là est née l’idée d’un podcast, où chacun pouvait partager son histoire. La parole est le premier pas vers la résilience. L’idée du podcast est de parler de l’expérience, sans colère, sans être vindicatif : nous ne recevons pas des personnes qui sont malades et pour qui cela est encore trop tôt, et les entreprises ne sont jamais citées » explique Marc Biarnès. Forts de ces témoignages, Marc Biarnès et Christophe Desproges créent en 2020 le « Club des Burnoutés et des Bienveilleurs », avec un site internet dédié et de nombreuses ressources sur le sujet. « Nous sommes encore salariés de notre entreprise, nous faisons cela à côté de notre activité » ajoute Christophe Desproges.
Car aujourd’hui, seulement 12 % à 15 % des salariés ayant vécu un burn-out restent dans leur entreprise. « Les autres se tournent vers le coaching ou font une reconversion ». Et les anciens burnoutés insistent : le burn-out n’est pas un simple coup de fatigue. « C’est un syndrome complexe. On recense aujourd’hui 132 signaux faibles, comme la fatigue, l’irritabilité... La personne ne met plus sa caméra en visio, ne vient plus aux réunions, s’éloigne, s’isole... Ce sont des alertes pour l’entreprise. Et puis, il faut également noter la récurrence des consultations chez un médecin, pour des maux différents : dos, ventre, tête… Cette récurrence, c’est la réaction du corps qui indique que quelque chose ne va pas » explique Christophe Desproges. Quant aux profils, managers comme employés, seniors comme juniors peuvent être touchés. « Tous les âges, tous les métiers sont impactés. On note également le fait que les personnes neuro-diverses sont davantage touchées. Elles sont dans une posture permanente de sur-adaptabilité, et travaillent dans un environnement qui n’est pas forcément en accord avec leurs propres méthodes. Au bout d’un moment, elles sont épuisées ».
Prévenir et revenir au bon moment
Reste ensuite la question du retour au travail pour la personne en burn-out. « Il faut être prêt » explique Marc Biarnès qui a lui aussi vécu une rechute. « Beaucoup reviennent pour des raisons financières mais ne sont pas forcément en capacité de reprendre le travail. Certaines se sentent aussi coupables de ne pas être au travail, elles s’estiment redevables. Pour ma part, j’ai commencé à penser à mon retour au bout de 6 mois. Avant, je n’arrivais tout simplement pas à me projeter. Il faut bien réfléchir aux causes qui nous ont fait tomber : un manager, une réorganisation, des process… Il convient de faire la liste de ce que l’on veut et de ce que l’on ne veut plus. Et se faire accompagner en cas de besoin surtout ». Car les deux fondateurs sont formels : les personnes qui reprennent trop vite rechutent dans 40 % des cas.
Reste le sujet de la prévention des RPS. « Nous identifions trois niveaux de prévention des RPS. Un premier qui consiste par exemple à mettre à disposition une ligne téléphonique dédiée pour répondre aux personnes (prévention tertiaire). Un second niveau axé sur la sensibilisation, avec des cours de gestion de stress par exemple (prévention secondaire). Mais le plus fondamental est de faire un audit : comprendre les causes qui amènent au burnout. L’entreprise ne se remet pas toujours en question. Un audit est couteux, il prend du temps, mais il permet de mettre des choses en œuvre (prévention primaire). Enfin, il peut être intéressant d’introduire le rôle de bienveilleur, qui vient en supplément d’un manager, des membres du CSE ou des RHs. Ce sont des personnes formées aux premiers secours en santé mentale, qui sont capables de diriger les personnes vers les bons interlocuteurs comme un psychologue ou la médecine du travail » conclut Christophe Desproges.
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